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lundi 29 février 2016

I. Moratoire au Convainquisme




Le livre :  Moratoire au Convainquisme.


A. Introduction :


Avant de commencer, je me dois de donner le sens de cet idiomatisme tout personnel. Par le terme convainquisme, j'entends la condamnation idéologique, et systématique de toute comparaison entre des croyances, concepts, ou connaissances religieuses avec des théories scientifiques en les qualifiant de "concordisme". 

En effet, l'acceptation péremptoire de l'idée (de la croyance) que des concepts théoriques ou théologiques des ouvrages fondateurs des religions (Coran, Bible, Brahmapoutra, Véda, ...) ne peuvent strictement pas entrevoir des concepts confortés postérieurement à leur rédaction par des découvertes scientifiques, ou rejoindre, s'approcher conceptuellement de ceux-ci est une erreur de logique, dialectique et épistémologique évidente. Cette conviction (=> convainquisme) ne se fondant sur aucune démonstration réfutable, et qui plus est, étant clairement démentie dans de nombreux cas.


B. Exemples de théories pré-scientifiques confortées ou rejointes par les progrès techniques et expérimentaux.

1. L'oeuf primordial :

L'origine de l'Univers dans un genre d'oeuf primordial évoquant l'oeuf primordial de Lemaitre [1]. Rejoignant également le verset coranique.

(Cor. 21,30) : "Ceux qui ont mécru, n’ont-ils pas vu que les cieux et la terre formaient une masse compacte ? Ensuite Nous les avons séparés et fait de l’eau toute chose vivante. Ne croiront-ils donc pas ?"[2]

* * *

Oeuf cosmique originel existe déjà en Égypte Ancienne.


1.1. Afrique :

Le mythe Dogon relate qu'Amma créa un oeuf et à l'intérieur un dieu en forme de poisson, «le Nommo». Ce poisson dieu dans l'oeuf se multiplie ensuite en quatre couples de dieux et de déesses.

L'oeuf cosmique, pour les Bambaras, est l'Esprit premier, produit au centre de la vibration sonore par le tournoiement de celle-ci. Ainsi cet oeuf se forme, se concentre, et peu à peu se sépare de la vibration, gonfle, s'élève et éclate, laissant retomber les vingt-deux éléments fondamentaux formés en son sein.


1.2. Cananéens :

Selon les traditions cananéennes, Mochus met à l'origine du monde l'éther et l'air d'où nait Oulômos (L'Infini). Oulômos engendre l'oeuf cosmique et Chansôr (le dieu artisan). Chansôr ouvre l'oeuf cosmique en deux et forme le ciel et la terre de chacune de ses deux moitiés.


1.3. Chine :

Dans les traditions chinoises, avant toute distinction du ciel et de la terre, le chaos lui-même avait l'apparence d'un oeuf de poule. Au bout de 18000 ans (nombre qui symbolise d'une période indéfinie), l'oeuf-chaos s'ouvrit : les éléments lourds formèrent la terre (Yin) ; les éléments légers et purs le ciel (Yang).

La théorie Houen-t'ien, de son côté, conçoit le monde comme un oeuf immense, dressé à la verticale. Le ciel et les astres sont la partie intérieure et supérieure de la coquille ; la terre est le jaune flottant au milieu de l'océan primordial qui remplit le fond de l'oeuf.


1.4. Egypte :

Pour les Égyptiens, sous l'action d'un démiurge, une butte émerge du Noun, l'océan primordial, sur laquelle un oeuf éclot. De cet oeuf, un dieu jaillit, qui organise le chaos en donnant naissance aux êtres différenciés.

Mais l'Égypte ancienne connaissait diverses cosmogonies. Selon celle d'Hermopolis, l'oeuf primordial n'était autre que la Qerehet, patronne des forces vitales de l'espèce humaine.


1.5. Finlande :

Dans le Kalevala, avant la naissance du temps, la Vierge, déesse des eaux, laisse apparaître son genou à la surface des eaux primordiales. Le canard, maître de l'air, y dépose 7 oeufs, dont 6 d'or et 1 de fer. La vierge plonge, les oeufs se brisent dans les eaux primordiales. Tous les morceaux se transforment en choses bonnes et utiles :

  • le bas de la coque de l'oeuf forme le firmament sublime,
  • le dessus de la partie jaune devient le soleil rayonnant,
  • le dessus de la partie blanche est la lune luisante :
  • tout débris taché de la coque devient une étoile au firmament,
  • tout morceau foncé de la coque devient un nuage.


1.6. Inde :

En Inde, selon la Chândogya Upanishad, l'oeuf est né du Non-être et il a engendré les éléments : « Au commencement, il n'y avait que le Non-être. Il devint l'être. Il grandit et se changea en oeuf. Il reposa toute une année, puis il se fendit. Deux fragments de coquille apparurent : l'un d'argent, l'autre d'or. Celui d'argent, voilà la terre ; celui d'or, voilà le ciel. »


1.7. Incas :

Le Grand Temple Inca de Coricancha, à Cuzco, avait pour principal ornement une plaque d'or de forme ovale, flanquée des effigies de la lune et du soleil. Lehman Nitsche y voit la représentation de la divinité suprême des Incas, Huiracocha, sous la forme de l'oeuf cosmique, citant à l'appui de sa thèse plusieurs mythes cosmologiques recueillis au Pérou par les espagnols, dont celui-ci : le héros créateur demande à son père, le Soleil, de créer les hommes pour peupler le monde. Celui-ci envoie sur terre trois oeufs. Du premier - oeuf d'or - sortiront les nobles; du second - oeuf d'argent - sortent leurs femmes; du troisième enfin - oeuf de cuivre - est issu le peuple. Dans une variante, ces trois mêmes oeufs tombent du ciel après le déluge.


1.8. Tibet :

Selon des doctrines tibétaines, pour n'être pas primordial, l'oeuf est cependant à l'origine d'une longue généalogie d'hommes : de l'essence des cinq éléments primordiaux, un grand oeuf est sorti. Et de l'oeuf sont sortis un lac blanc, les êtres des dix catégories, d'autres oeufs, d'où sortirent les membres, les cinq sens, des hommes, des femmes.



2. La génération spontanée :

En effet, quoi que cela ne soit pas encore entièrement conforté par la science, l'apparition de la vie par des processus métabolique et symbiotiques spontanés est soutenue de façon évidente en sciences. Or, cela aussi est concordant avec les philosophies pré-scientifiques et atomistes antiques. Or, tous les ouvrages traitant de l'histoire des sciences font part de ces croyances anciennes dans le cadre de l'élaboration sémantique de la théorie de l'évolution.



C. Du rejet d'une thèse réfutable sans la réfuter :

Scientifiquement, tout argumentaire fondé sur des articulations logiques vérifiables est scientifique. En sorte que si celui-ci n'est pas encore vérifié, ils demeure scientifique jusqu'à ce qu'il soit réfuté. Cela est la procédure scientifique déontologiquement et méthodologiquement incontournable. Rejeter une théorie sans en pointer les failles de façon vérifiable n'est pas un comportement scientifique, mais un comportement idéologique anti-scientifique. Ce qui m'a incité à soutenir par le biais de cet article un moratoire au convainquisme.

Ce qu'il ne faut pas faire, c'est rejeter le sens acquis et clair de certains passages de textes anciens pour les tordre et garantir à tout prix une contradiction avec le bon sens ou les acquis expérimentaux. Sous prétexte qu'accepter le sens littéral et non réfuté doit être incompatible avec des données vérifiables après sa rédaction. Cela s'appelle antériorité du paradigme, ou accepter l'hypothèse comme sa propre preuve (tautologie). Si un verset a un sens clair pris littéralement, c'est à la personne qui lui attribue un sens secondaire, tertiaire de démontrer de façon vérifiable que le sens littéral n'est pas celui qui est visé. Pas le contraire. Ce qui nécessite une étude sémantico-historique réfutable et une analyse rigoureuse des significations et champs sémantiques sur base de l'ensemble des écrits contemporains aux plus anciens manuscrits, et une analyse paléographique et lexicologique. Méthode qui n'est jamais rigoureusement soutenue pour conforter la qualification de certaines thèses concernant des écrits sacrés de concordisme par convainquisme.







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[1]  Parallèle établi également par des théoriciens en physique avancée de par la proximité sémantique triviale.
[2] Traduction d'après Albert Kazimirski de Biberstein (1844).


dimanche 28 février 2016

II. La Science Comme Sabre Jedi



A. Introduction :

Lorsque nous appréhendons les relations scientifico-religieuses, nous nous trouvons très vite confrontés à l'usage des théories scientifiques comme un sabre jedi de la saga de la guerre des étoiles.



L'usage de la science comme une arme de la vérité absolue est un signe de l'ignorance du mode de fonctionement épistémologique et de la philosophie des sciences.


Les modèles et théories scientifiques ne sont pas des preuves d'une véracité absolue. Or, la science repose précisément sur le principe du doute et de la réfutabilité. Une théorie n'est ainsi valable que dans le cadre de la confrontation de son paradigme fondateur aux expérimentations, et elle n'a aucune vocation idéologique religieuse ou anti-religieuse.

L'usage des acquis scientifiques comme une démonstration du bien fondé de l'existence ou de l'inexistence d'un dieu, de la pertinence d'un texte sacré fondateur d'une religion, ou de la valeur en termes de vérité des croyances religieuses au sens plus large, est une aliénation de la philosophie fondatrice de la démarche scientifique qui est en dernière instance le principe du doute.


B. Le théorème d'Incomplétude de Gödel :

Par ailleurs, comme cela a été mathématiquement démontré par Gödel dans son théorème d'incomplétude, toute théorie est définitivement condamnée à demeurer incomplète et contradictoire.


B-1. Premier Théorème :

Dans n'importe quelle théorie récursivement axiomatisable, cohérente et capable de  formaliser l'arithmétique, on peut construire un énoncé arithmétique qui ne peut être ni prouvé ni réfuté dans cette théorie.

De tels énoncés sont dits indécidables dans cette théorie. On dit également indépendants de la théorie.

En fait toute approche empirique fondée sur l'induction, ou sur la déduction est, en soi, déjà une limite technique nous obligeant à étendre une série finie de mesures et d'observations sur une espérance statistique. Or, ce type d'extension est déjà en soi un principe épistémologique que nous ne pouvons tenir pour strictement fondé. Puisque à défaut de pouvoir identifier de facon absolue, et de démontrer que les processus conduisant à cette attente sont réellement bien fondés et toujours stables : nous demeurons définitivement impuissants à établir la justification d'une telle espérance probabiliste.


B-2. Second Théorème :

Si T est une théorie cohérente qui satisfait des hypothèses analogues, la cohérence de T, qui peut s'exprimer dans la théorie T, n'est pas démontrable dans T.

Par ce théorème, dont nous commençons à entrevoir l'importance capitale en philosophie des sciences, Gödel a en fait démontré que toute théorie fondée dans le cadre de démonstrations mathématisables, est condamnée à demeurer strictement incomplète. Puisqu'il existera toujours des axiomes fondateurs que la théorie ne pourra pas démontrer, en dépendant elle-même. Même si ces axiomes se fondaient sur d'autres axiomes, également à démontrer et ce à l'infini.


C. L'Etat Actuel des Modèles et Théories Scientifiques :

A ce jour, il n'existe aucun domaine d'étude qui aie effectivement abouti à une théorie unique et complète.

C-1. L'Univers :

Les modèles de l'Univers sont ainsi nombreux et mutuellement exclusives. Même la théorie Standard a ainsi de nombreuses sous-versions et adaptations aux observations diverses [1]. Et l'absence d'observations au sujet de la matière sombre ou de l'energie sombre demeure un chantier.


C-2. L'Evolution biologique :

Il n'existe pas à ce jour un arbre de l'évolution qui soit entièrement conforté de façon réfutable faisant l'unanimité des théoriciens. Les théories sont diversifiées : théorie synthétique, neutralisme, équilibres ponctués, ...


C-3. L'Embryogenèse :

Les mécanismes qui dirigent l'embryogenèse sont encore extrêmement lacunaires, et si pauvres et spéculatifs que les théories sont dignes des mythes antiques.


C-4. La Structure Atomique :

Pour la structure des atomes aussi, il existe des modèles contradictoires : ondulatoire, corpusculaire et quantique.


C-5. La Physique :

La physique qui est la science considérée généralement comme la plus dure souffre elle-même d'une profonde contradiction apparente : la relativité générale et la physique quantique sont en effet toutes deux largement confortées dans leurs domaines respectifs, tout en demeurant incompatibles et contradictoires à plusieurs égards...

Par conséquent, la réalité du terrain aussi conforte la démonstration de Gödel sur l'impossibilité de démontrer un domaine d'étude intégralement, et sans contradiction.



D. Pourquoi Existe-t-il Des Lois :

Nous en concluons donc tout naturellement que la science ne sera jamais apte à expliquer le comment intégral de l'existence de lois dans des théories complètes entièrement vérifiables. Ce qui revient à dire que l'usage péremptoire des sciences comme une preuve de l'inutilité de faire appel à une cause principielle invérifiable expérimentalement. Puisque la science ne permet pas de fonder un modèle qui ne fasse pas appel à des axiomes ou conjectures fondatrices, et elle ne s'en débarrasera définitivement jamais d'après la démonstration mathématique formelle du théorème d'incomplétude.


D-1. Un Espace Impossible :

Si on accepte que l'espace est séparé vraiment, et euclidien alors pour faire un tour complet de ce flocon de Koch je dois traverser une infinité de points... Ce qui nécessiterait un temps composé d'une infinité d'instants.




Si l'espace existait réellement et de façon fidèle à notre intuition, étant divisible à l'infini, tout mouvement stable et régulier y serait strictement impossible.


Considérons une distance [a,b] de longueur quelconque à parcourir en Δt : -- > distance composée d'une infinité de points et durée composée d'une infinité d'instants ; nous aboutissons alors à l'équation suivante : ∞/∞=n

Ce qui signifie que même avec une vitesse infinie, je ne devrais obtenir aucune vitesse stable permise mathématiquement, donc l'Univers devrait être totalement chaotique. Or, c'est au contraire extrêmement bien cousu.

De même, penser un espace discret et non continu n'est pas intuitivement permis, et n'est pas plus pertinent que la conception improbable d'un mouvement dans un espace réel et séparé commutatif.


D-2.  Effets Magiques et Lois Mystérieuses :

Ainsi, il apparait que l'existence des lois est par essence contre-intuitive. En sorte que leur existence viole l'intuition innée de notre mode de cognition. Puisqu'un espace conforme à l'intuition n'est mathématiquement pas compatible avec une quelconque notion de mouvement ordonné, et que les quatre forces fondamentales mystérieuses (interaction nucléaire forte, interaction électromagnétique, interaction nucléaire faible et la gravitation) a effets magiques sont fondamentalement contre-intuitives, sans parler des constantes physiques, ou de l'energie noire etc.








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[1] La modularité irritante du modèle standard répond au flou mathématisable d'un modèle de l'Univers dont les limites deviennent récursivement indécidables. Caractéristique typique de théories très étendues, dont le cas de la théorie des cordes caractérise bien la problématique sur le papier.